Chers élèves,

Cette semaine, vous allez commencer à explorer les postures inversées — une belle occasion de porter un nouveau regard sur votre pratique. Comme toujours, ces postures seront abordées avec bienveillance : elles ne conviendront pas forcément à tout le monde, et des adaptations seront proposées afin que chacun puisse avancer à son rythme, en toute sécurité.

Vous commencerez par Viparītakaraṇī Mudrā, la posture — ou sceau — de l’action inversée, que l’on appelle plus simplement la demi-chandelle.

                                                                                                  

VIPARĪTAKARAṆĪ

Posture/Sceau de l'action inversée

  • viparīta : inversé
  • karaṇī : action, production
  • mudrā : sceau, geste symbolique, signe

Symbolique

Nous passons la majeure partie de notre temps debout ou assis, le tronc en position verticale.
Selon l’enseignement symbolique du Yoga, dans cette position, notre capital vital — appelé nectar d’immortalité (amṛtam, a : privatif ; mṛta : mort) — s’écoule depuis le palais vers le bas, soumis au champ de la pesanteur.

Chaque goutte de ce nectar vient nourrir notre feu intérieur, agni, principalement situé dans la région du nombril.
Le « tirage » qui entretient cette combustion provient de l’inspiration : prāṇa, l’énergie ascendante, descend dans le thorax et attise le feu. La flamme est dirigée vers le bas de l’abdomen, où elle brûle les impuretés, les scories appelées mala.

À l’expiration, apāna remonte : la flamme s’oriente alors vers le haut et aide à éliminer ces mala vers l’extérieur.

Cette vision est symbolique, mais elle éclaire de manière remarquable l’effet :

  • des différentes positions du corps dans l’espace,
  • des phases de la respiration,
  • et du travail des bandha.

Elle peut même s’appliquer à différentes échelles de la vie, jusqu’à évoquer, par analogie, le métabolisme cellulaire.

022 Parc Jean Moulin Aubagne

L’inversion : changer le sens de l’écoulement

En inversant la position du tronc, Viparītakaraṇī Mudrā vient symboliquement stopper l’écoulement d’amṛtam.
La flamme peut alors brûler plus efficacement les mala qui « tombent » dans le feu.

Cependant, si les impuretés sont en trop grande quantité, elles risquent d’étouffer le feu plutôt que d’être consumées. C’est pourquoi, selon la tradition, les postures inversées sont déconseillées en cas de forte surcharge ou d’affaiblissement du système digestif.

Dans cette posture, tout le système est inversé.

La lune (Candra), située au palais, est le réservoir d’amṛta, ce carburant subtil. Elle symbolise aussi le désir de vie — cette saveur d’exister qui nous met « l’eau à la bouche ».
Le prāṇa, lui, est le carburant qui active le feu afin qu’il brûle plus efficacement.

La progressivité dans l’entrée et le maintien de la posture permet au système d’intégrer peu à peu cette inversion et d’en réguler les effets.

Une mudrā

Cette technique est une mudrā.

Une mudrā associe :

  • un āsana (position physique codifiée),
  • un prāṇāyāma (respiration rythmée et orientée),
  • les trois bandha : jālandhara, uḍḍyāna et mūla.

Dans une mudrā, on prend la posture et on y demeure : il n’y a pas de dynamique.

Même pratiquée sans le prāṇāyāma ni les trois bandha, la position physique elle-même procure déjà de grands bienfaits.

Viparītakaraṇī est la plus accessible des trois grandes postures inversées.
Elle est particulièrement recommandée pour recharger l’organisme en énergie nouvelle.

Elle peut préparer à Sarvāṅgāsana (la chandelle), mais n’en est pas une simple adaptation : leurs effets sont différents.

Selon la tradition

Dans la Hatha Yoga Pradīpika, texte classique du Haṭha Yoga, on peut lire :

  • (III.76) « Tout le nectar qui s’écoule de cette lune splendide est avalé par le soleil. »
  • (III.77) « Il existe une pratique merveilleuse qui permet de sevrer la bouche du soleil. Elle ne peut être découverte que par l’instruction d’un guru, non par des millions de descriptions. »
  • (III.78) « La posture qui place le soleil au-dessus et la lune au-dessous (le nombril au-dessus du palais), Viparītakaraṇī, ne peut être apprise que par les paroles du guru. »
  • (III.79) « Cette pratique augmente le feu gastrique chez le pratiquant régulier. Celui qui la pratique doit manger davantage ; sinon, le feu pourrait le consumer. »
  • (III.80) « Le premier jour, on reste très peu de temps. La durée augmente progressivement. Les rides et les cheveux blancs disparaissent après six mois. Celui qui pratique trois heures par jour vainc la mort prématurée. »

Au-delà de l’image et de l’exagération poétique propres aux textes anciens, ces versets soulignent surtout la puissance transformatrice de la pratique — et l’importance de la progressivité, de l’encadrement et de la régularité.

 

Emmanuelle 2022 Parc Jean Moulin Aubagne

Prise de posture :

Posture de départ allongé sur le dos, les bras le long du corps, paumes sur le sol, menton rentré (jālandhara-bandha), les yeux fermés.

1. Expirer, lever les membres inférieurs à la verticale, pousser les paumes dans le sol pour soulever le bas et le milieu du dos, avec les coudes rapprochés, placer les mains parallèles, l’une contre l’autre, sur le sacrum et le bas du dos.

2. Inspirer, cambrer légèrement le bassin.

3. Expirer, déposer le bassin dans les mains, la majorité du poids du corps étant sur les coudes et les poignets.

Rester dans la posture 6 à 10 respirations. Revenir dans l’ordre inverse.

Monter sans prendre d’élan sur l’expir.

 Effets :

·         Entretient la souplesse des épaules

·         Bonne posture pour asthmatiques et tous problèmes respiratoires, bronchites chroniques

·         Permet d’éliminer les glaires

·         Bonne pour le système nerveux

·         Bonne pour la thyroïde et l'hypophyse

·         Active la salivation

·         Régénère les fonctions du haut du corps parole, yeux

·         Soulage les hernies de la paroi abdominale, ulcères, colites mais pas pour la hernie hiatale.

Une des adaptations

 Contre-indications :

.         lombalgie, sciatalgie, hyper lordose

.         faiblesse cardiaque

.         état dépressif grave

Selon l’āyurveda, « aggrave » le « feu » pitta. Donc éviter si saignements de nez, phlébite, varices importantes.

Extrait de Fiche Posture établie par Bernard Bouanchaud, d'après l'enseignement de TKV Desikachar.

Je vous souhaite une bonne pratique !

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