Chers élèves,
Cette semaine, vous poursuivrez l’exploration des postures inversées avec la demi-chandelle (Viparītakaraṇī) et la chandelle (Sārvāṅgāsana), que celles et ceux qui le peuvent, pratiqueront dans l’espace. Comme toujours, chacun pourra adapter la posture selon ses possibilités : avec l’aide du mur, ou dans une version plus douce en plaçant une cale ou un zafu sous les fesses. Ces adaptations permettent de rester dans la pratique, même si leurs effets sont beaucoup plus légers.
Je vous présenterai également la posture de la charrue (Halāsana), que certaines et certains pourront explorer si le corps s’y prête et si les conditions sont réunies. Cette posture demande toutefois une certaine prudence : elle sollicite fortement la colonne vertébrale, en particulier les dorsales et les cervicales. Les personnes ayant des fragilités dans ces zones, des douleurs au dos ou à la nuque, ou un manque de souplesse suffisant devront s’en abstenir ou rester dans une adaptation plus douce (Voir les contre-indications ci-dessous). Comme toujours dans la pratique, l’écoute du corps reste le meilleur guide.

HALĀSANA
Étymologie (sanskrit)
- हलासन — Halāsana
- हल (hala) : charrue
- आसन (āsana) : posture, position stable
Sens littéral : Halāsana signifie « la posture de la charrue », en référence à la forme du corps dans la posture, qui rappelle l’outil agricole traditionnel.
Symbolisme :
Il y a très longtemps vivait un sage nommé Janaka, roi de Mithilā. Bien qu’il fût un souverain respecté et un homme profondément spirituel, il enseignait que chacun pouvait se relier aux dieux directement, sans passer par l’intermédiaire des prêtres. Pourtant, un souhait demeurait dans son cœur : connaître un jour la joie d’être père.
Afin de recevoir la grâce divine, il décida d’organiser une grande cérémonie sacrée. Selon la tradition, il commença lui-même à préparer la terre du lieu du rituel. Tenant une charrue, il laboura le sol pour purifier et consacrer l’espace. Alors que la charrue traçait les sillons dans la terre, elle heurta soudain un objet brillant. Janaka s’arrêta et découvrit une boîte d’or scintillante enfouie dans le sol. Lorsqu’il l’ouvrit, il y trouva une merveilleuse petite fille. Le roi la nomma Sītā, un mot qui signifie « sillon ». En hommage à cette enfant venue de la terre, il fit ajouter l’image d’une charrue à sa bannière royale. Dès lors, on le surnomma le roi « à la charrue ».

Dans Halāsana (हलासन), le corps prend la forme d’une charrue : il s’incline, pénètre la profondeur et prépare le terrain intérieur. Comme la charrue qui ouvre la terre pour permettre aux graines de germer, la posture prépare le corps et l’esprit à accueillir transformation, clarté et abondance. Elle symbolise le retour en soi, l’intériorité pour un avenir fécond.

Points de concentration : La gorge kaṇṭha mais aussi lolata le centre du palais ou bien le nombril nābhi.
Pré-requis : Cette posture se prend à partir de sarvāṅgāsana qu’il faut avoir maîtrisé avant. De même sarvāṅgāsana est précédée de viparīta kāraṇi mudrā. Enfin, pour soulever le corps et prendre ces postures, il faut avoir acquis :
· une bonne souplesse en flexion antérieure des hanches, améliorée par uttānāsana
· une souplesse et une tonicité du dos renforcées par vīrabhadrāsana et bhujangāsana
· une bonne souplesse de la nuque et des épaules améliorée par dvipāda pīṭham
La posture :
- appui sur les bras, les épaules, la nuque, l’arrière de la tête et le dessus des orteils
- menton rentré jālandharabandha • bras tendus parallèles
- coudes fléchis
- mains à plat sur le haut du dos
- tronc vertical avec redressement du dos
- bassin à la verticale des épaules
- hanches en flexion antérieure
- genoux tendus
- orteils sortis
- yeux fermés
Préparation :
A partir de sarvāṅgāsana un mouvement alternatif d’une jambe tendue vers le sol prépare bien l’ensemble du corps.
Prise de posture :
Posture de départ, sālamba sarvāṅgāsana , le corps dressé verticalement, en appui sur l’arrière de la tête, la nuque et les bras, les coudes fléchis, les paumes des mains rapprochées l’une de l’autre à plat sur le haut du dos, menton rentré, jālandharabandha, les yeux fermés 1. Expirer descendre les membres inférieurs sur le sol côté tête et les orteils sortis. Rester dans la posture 3 respirations maximum sinon cette posture élimine aussi les masses solides et liquides utiles dans le corps kapha et augmente trop la chaleur, le métabolisme uśna. Revenir dans l’ordre inverse sur une inspiration.

Variantes :
Cette posture présente plusieurs variantes. Exemples :
• garder les coudes tendus, les bras allongés et parallèles, les paumes à plat sur le sol
• garder les coudes tendus, entrelacer les doigts et tourner les paumes vers l’extérieur
• placer les bras allongés et parallèles côté tête, les mains tenant les pieds ou les gros orteils
• placer une jambe en demi lotus, la posture se nomme alors ardha-padma-halāsana, le demi lotus se prend en sarvāṅgāsana avant de descendre la jambe tendue Il est également possible d’écarter les jambes en tenant les pieds, cette posture porte alors un autre nom supta-koṇāsana
Effets :
· supprime les maladies respiratoires
· active la thyroïde et les sens de perception
· réduit certains maux de tête et insomnies
· favorise la digestion
· lutte contre la constipation
· stimule les ovaires et la prostate
· efficace contre les calculs biliaires et rénaux
· efficace contre la sinusite
Āyurveda : (pour les initiés)
· agit principalement sur le bas de l’abdomen trika
· active l’élimination apāna-vāyu donc la digestion pācakapitta et donc tous les pitta, même la vue (alocaka-pitta)
· réduit les excès de kapha (liquide et matière) dans les voies respiratoires, les poumons, les cordes vocales et toute la région de la gorge. C’est la meilleure posture pour cela.

Contre -indications :
. crise de calculs
. asthme
. raideur de la nuque et du cou
. sciatique et lombalgie
. hypertension artérielle et toutes les pathologies cardiaques
. obésité
. hernies abdominales (médianes, ombilicales, etc.)
. grossesse
Karnapīḍāsana : « posture de la pression sur les oreilles » est une posture avancée du Yoga souvent pratiquée après Halāsana. Cette posture doit être effectuée avec prudence et avec le soutien d'un professeur.
Karnapidasana est réputée pour calmer le mental et réduire le stress. Elle étire profondément la colonne vertébrale, les muscles du cou et les ischio-jambiers, tout en stimulant la circulation vers le haut du corps. La pression légère sur les oreilles favorise un état d’introspection et de silence intérieur.

Je vous souhaite une bonne pratique !





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