Yoga semaine 21

Chers élèves,

Même si les journées de mai nous donnent souvent un avant-goût de l’été, nous traversons encore cette période particulière que la tradition populaire appelle les « saints de glace ». Entre le 11 et le 13 mai — avec les saints Mamert, Pancrace et Servais — et parfois jusqu’à la Saint-Urbain, le 25 mai, il est fréquent d’observer une baisse des températures, voire quelques matinées fraîches inattendues.

Chaque année, ce phénomène surprend, et pourtant il fait partie d’un cycle saisonnier bien connu : la nature avance progressivement vers l’été, mais elle garde encore un souffle de fraîcheur avant de basculer pleinement vers la chaleur et son expansion.

C’est dans cet esprit que nous commençons l’enseignement des trois bandhas : Mula Bandha, Uddiyana Bandha et Jalandhara Bandha. Ces pratiques demandent présence, finesse et une véritable qualité d’écoute intérieure. La pratique est complexe et exige des compétences respiratoires : elle ne peut donc s’effectuer qu’en fin d’année. Vous avancerez progressivement dans cette maîtrise.

Les bandhas nous apprennent à soutenir, canaliser et faire circuler le souffle avec subtilité. Cette période de transition est particulièrement propice à cet apprentissage : l’énergie remonte naturellement, tout en demandant encore stabilité, patience et ancrage.

La nature fonctionne par cycles, notre respiration aussi, et notre pratique suit ce même rythme. Alors, même si le froid semble encore présent certains matins de mai, accueillons-le comme un rappel que toute évolution se construit progressivement, avec douceur et équilibre.


Les Bandha

Les Bandha sont trois « verrous » ou « sceaux énergétiques » utilisés dans la pratique du Yoga afin de contenir, canaliser et orienter l’énergie vitale, le Prāṇa. Ils soutiennent et approfondissent à la fois la pratique du Prāṇāyāma (les exercices respiratoires) et celle des Āsana (les postures).

La tradition yogique attribue aux Bandha des effets de vitalité, de régénération et de longévité. Bien plus qu’un simple engagement musculaire, ils développent une conscience fine du souffle, de l’axe du corps et de la circulation de l’énergie intérieure.

On distingue trois Bandha principaux :

  • Jālandhara Bandha, le verrou de la gorge ;
  • Mūla Bandha, le verrou de la racine, situé au niveau du périnée ;
  • Uddīyāna Bandha, le verrou abdominal.

Lorsque les trois Bandha sont activés simultanément, cette pratique est appelée Mahā Bandha (« le grand verrou ») ou parfois Mahā Mudrā (« le grand geste »).

Les Bandha sont principalement pratiqués dans le travail respiratoire afin d’éviter la dispersion de l’énergie et de favoriser sa circulation de manière consciente, stable et harmonieuse. Ils demandent une pratique progressive, de la précision et une écoute attentive des sensations intérieures.

Mūla Bandha - Le verrou racine « la ligature de la base de la colonne vertébrale »

Mūla Bandha est le verrou énergétique situé à la base du corps. Chez la femme, il se place au-dessus du col de l’utérus ; chez l’homme, au niveau du périnée, entre l’anus et les organes génitaux.

La Haṭha Yoga Pradīpikā, texte de référence du Haṭha Yoga, décrit ainsi son activation en posture assise :

« Pressant le périnée avec le talon, on doit contracter l’anus et aspirer l’Apāna Vāyu (le souffle descendant) vers le haut. »

Mūla signifie « racine » ou « fondement ». Ce Bandha est associé au chakra racine (Mūlādhāra Chakra), centre symbolique lié à nos instincts fondamentaux : la survie, la sécurité, l’ancrage, le rapport à la terre et aux forces vitales les plus profondes.

Par une activation subtile et consciente, Mūla Bandha favorise la stabilité intérieure tout en participant à l’élévation de l’énergie vers le haut du corps. Il soutient ainsi la concentration, la présence et le développement d’une conscience plus fine du souffle et de l’énergie intérieure.

Jālandhara Bandha - Le verrou de la gorge

Jālandhara Bandha est le verrou énergétique situé dans la gorge, dans la partie supérieure du canal central (Suṣumṇā Nāḍī). Il s’active simplement en posture assise : le menton se dirige doucement vers la poitrine, ce qui entraîne une légère fermeture et une contraction naturelle de la gorge.

Ce Bandha peut être intégré aux différentes phases du souffle : l’inspiration, la rétention et l’expiration. Toutefois, sa pratique est déconseillée en cas de hernie cervicale, de vertiges ou d’hypertension.

Dans la tradition du Yoga, Iḍā — l’énergie féminine et « lunaire » — et Piṅgalā — l’énergie masculine et « solaire » — se croisent au niveau de l’axe central. Jālandhara Bandha favorise leur rééquilibrage et aide à diriger le souffle et l’énergie dans Suṣumṇā Nāḍī, le canal central.

Ce verrou agit également sur la région de la gorge et de la thyroïde, participant à une meilleure régulation énergétique et respiratoire. Il est souvent pratiqué durant les Āsana (les postures), les exercices de Prāṇāyāma et juste avant la méditation, afin de préparer le corps et l’esprit à la concentration, à l’intériorisation et à l’ancrage.

Bien qu’il soit discret et intériorisé, Jālandhara Bandha est aussi considéré comme un Mudrā, un geste symbolique et psychique qui accompagne le recentrage de l’attention et la circulation consciente de l’énergie.

Mini cascade de la forêt de Saint Pons

Uddīyāna Bandha - Le verrou du nombril

« Même une personne âgée peut retrouver sa jeunesse en pratiquant régulièrement Uddīyāna Bandha », peut-on lire dans la Haṭha Yoga Pradīpikā, texte classique du Haṭha Yoga.

Le terme Uddīyāna signifie « envol », « élévation » ou « mouvement vers le haut ». Ce Bandha favorise la remontée du Prāṇa — l’énergie vitale — dans le canal central (Suṣumṇā Nāḍī), après avoir été stabilisé à la base du corps.

Uddīyāna Bandha se pratique le plus souvent en rétention du souffle, poumons vides. À la fin de l’expiration, un mouvement d’aspiration est créé sans faire entrer d’air : l’abdomen se creuse, se dirige vers l’arrière et remonte sous les côtes. Cette action subtile demande précision, douceur et maîtrise respiratoire progressive.

Sa pratique est déconseillée le ventre plein, en cas d’hypertension artérielle, ainsi que pendant la grossesse et les menstruations.

Ce Bandha est profondément relié à notre « feu digestif » (Agni) et à notre capacité de transformation physique, énergétique et émotionnelle. Il stimule la circulation de Prāṇa Vāyu et Apāna Vāyu — deux souffles internes essentiels dans la tradition yogique — soutenant ainsi les fonctions digestives, respiratoires et énergétiques du corps.

Par son action de recentrage et d’élévation, Uddīyāna Bandha aide également à retrouver un dynamisme intérieur positif tout en apaisant le stress et l’anxiété.

Salle de l' Abbaye cistercienne de Saint-Pons

Je vous souhaite une belle découverte et une excellente initiation à la pratique des Bandha !

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