L’être humain est un individu pensant : sa capacité à analyser, anticiper et se projeter est l’un de ses plus grands atouts. Pourtant, cette même faculté peut devenir une source de tension lorsque le mental s’emballe. Les pensées se multiplient, commentent tout, interprètent, comparent… jusqu’à créer une surcharge qui épuise et brouille la perception du réel.
Mettre momentanément le mental en retrait ne consiste pas à renier cette dimension essentielle de l’être humain, mais à restaurer un équilibre. Cela permet de sortir du flux incessant des pensées pour retrouver un contact direct avec l’expérience, sans filtre ni surinterprétation. Cette pause mentale réduit le stress, apaise l’hypervigilance et ouvre un espace de clarté.
La modestie joue ici un rôle central : elle rappelle que l’esprit n’a pas besoin de tout contrôler ni de tout comprendre immédiatement. En relâchant l’ego – son besoin d’avoir raison, de performer, de maîtriser – on accède à une forme de simplicité intérieure qui adoucit les tensions psychologiques.
Cet apaisement favorise un véritable abandon intérieur : non pas une résignation, mais un relâchement volontaire de la lutte mentale permanente. C’est une manière de cesser d’alimenter les schémas de peur, d’auto-critique ou de sur-analyse qui fragmentent notre attention.
Dans ce retour à soi, le souffle devient un repère fondamental. La respiration est l’un des rares phénomènes corporels que l’on peut ressentir sans avoir à penser. En s’y ancrant, l’individu pensant retrouve une attention plus stable, un rythme plus naturel et une présence moins saturée de contenu mental.
Ainsi, même pour un être profondément pensant, laisser les pensées s’apaiser permet de renouer avec une lucidité plus sobre, un sentiment de cohérence intérieure et une manière plus vivante d’habiter sa propre existence.
Les postures de Yoga nous guident vers un apaisement du mouvement incessant du mental, en offrant au corps et à l’esprit un espace où le flux des pensées peut enfin se déposer. Comme la posture de la semaine dernière, Kūrmasana, qui invitait à un profond retrait intérieur, celle de cette semaine vous conduira tout aussi naturellement vers cet état de calme et de clarté : Adho Mukha Śvānāsana.

ADHOMUKHA ŚVĀNĀSANA
Posture du chien face en bas
Adho Mukha Śvānāsana (अधोमुख श्वानासन)
Étymologie :
- Adho = vers le bas
- Mukha = visage
- Śvāna = chien
- Āsana = posture
Symbolisme :
1. Le chien : vigilance, fidélité et protection
Le chien, dans de nombreuses traditions indiennes, est symbole de :
- vigilance : il reste alerte, protégé, stable.
- fidélité : un compagnon fiable, constant.
- transition : associé aux passages (d’un état à un autre), comme dans les textes védiques où il garde les chemins entre deux mondes.
Dans la posture, ce symbole invite à développer ancrage, présence et constance.
2. L’inversion douce : voir le monde autrement
En ayant la tête plus basse que le cœur :
- on inverse les perspectives, littéralement et symboliquement,
- on renverse l’ego,
- on cultive l’humilité et l’ouverture à d’autres points de vue.
C’est une posture qui rappelle : « pour avancer, il faut parfois changer d’angle ou remettre les choses à l’envers ».

3. La forme du corps : un pont entre ciel et terre
Le corps forme une sorte de triangle ou de montagne inversée.
Symboliquement :
- les mains s’ancrent dans la terre,
- les hanches s’élèvent vers le ciel,
- la colonne devient un canal d’énergie qui circule librement.
C’est une image de stabilité dans le mouvement et d’élévation à partir de l’enracinement.
4. Soumission du mental et retour à l’essentiel
La tête relâchée entre les bras représente :
- une mise en retrait du mental,
- une attitude de modestie et d’abandon intérieur,
- un retour à l’écoute du souffle plutôt qu’au bavardage mental.
Ce n’est pas une posture de faiblesse, mais de confiance et de lâcher-prise.
5. Le chien qui s’étire : retour à l’instinct naturel
Dans la nature, les chiens s’étirent ainsi en se réveillant, pour :
- réveiller le corps,
- libérer la colonne,
- activer l’énergie vitale.
Le Yoga reprend ce mouvement instinctif pour rappeler que le corps sait, avant le mental, comment se revitaliser.

En résumé
Adho Mukha Śvānāsana symbolise :
- vigilance et fidélité à sa pratique
- humilité par l’inversion
- ancrage + élévation
- lâcher-prise du mental
- retour à une vitalité instinctive
Effets :
· Réduit scoliose et lordose
· Diminue les douleurs dorsales en rectifiant la colonne vertébrale
· Assouplit dos et épaules
· Assouplit bassin et petit bassin
· Prévient sciatique et lumbago
· Décongestionne les organes du bas-ventre
· Améliore la circulation lombaire, pelvienne et rénale
· Favorise le transit intestinal et rénal
· Combat l'aérophagie
· Réduit la constipation, favorise l'élimination
· Améliore le fonctionnement des ovaires, de la prostate, Réduit les fibromes
· Réduit les symptômes gastriques (rôts, brûlures, acidité, ulcères, hernies hiatales)
· Procure un massage du cœur et de la vésicule biliaire
· Réduit l'asthme
· Favorise le changement des sentiments
· Renforce la confiance en soi et la concentration.

Contre-indications :
· Toute douleur aux poignets
· Fragilité des coudes (tennis-elbow)
· Sciatique, lombalgie, hernies discales
· Arthrose douloureuse des hanches
· Pathologies circulatoires dans la tête et les organes sensoriels dont la fragilité du tissu rétinien
· Tensions dans la ceinture scapulaire
Je vous souhaite une bonne séance !





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